Ce matin-là, il faisait gris. Un ciel bas, comme prêt à pleurer. Le vent passait sans bruit entre les pierres tombales. Le monde semblait figé. Et Lesya avançait, lentement, comme si chaque pas pesait une tonne. Elle portait un manteau trop grand, noué sur un ventre qui trahissait déjà plusieurs mois de grossesse.
Elle était seule. Vraiment seule. Orpheline depuis l’adolescence, elle avait trouvé en son fiancé une famille, une promesse. Mais il était mort brutalement, deux mois plus tôt. Accident. Sans explication. Depuis, elle venait souvent sur sa tombe. C’était son seul lien avec lui.
Mais ce jour-là, quelque chose l’attendait.
Un téléphone. Posé au pied de la pierre.
Pas un smartphone. Un vieux modèle à touches, noir, éraflé. Rien autour. Pas de fleurs. Pas de mot. Juste cet objet posé là, comme une énigme.
Elle le prit. L’écran s’alluma sans qu’elle ne touche à rien.
Un seul message : « Pour Lesya »
Et un bouton. Accepter.
Elle appuya.
Et sombra dans le noir.
Le réveil
Quand elle ouvrit les yeux, le ciel était noir. Elle était allongée sur le sol froid, à côté de la tombe. Seule. Le téléphone avait disparu.
Son cœur battait à tout rompre. Sa respiration était saccadée. Elle ne savait pas combien de temps elle était restée inconsciente. Mais elle savait une chose : ce n’était pas un rêve. Ce téléphone existait. Et il la visait, elle.
Un souvenir étrange
Avant la mort de son fiancé, il s’était passé quelque chose d’étrange. Un jour, alors qu’elle sortait de son établissement, une voiture noire s’était arrêtée près d’elle. Le conducteur, un homme d’une trentaine d’années, abaissa la vitre.
— Lesya ?
— Oui ?
— Montez. Je vous raccompagne.
Elle aurait dû dire non. Mais elle monta. Il n’était pas menaçant. Il ne lui posa aucune question. Ils roulèrent sans direction, parlèrent de banalités. Il la déposa. Le lendemain, la voiture était garée en bas de chez elle. Puis plus rien.

Quelques semaines plus tard, elle apprit qu’elle était enceinte.
Puis, l’accident. Et tout s’effondra.
Le téléphone réapparaît
Trois jours après sa perte de connaissance, elle trouva une petite boîte dans sa boîte aux lettres. Aucune adresse. À l’intérieur : le même téléphone. Éteint. Mais au dos, une inscription gravée :
« Tu sais quand tout a commencé »
Elle l’alluma.
Un écran noir, puis une date clignotante :
14 novembre — 03h14
L’heure exacte où son fiancé avait été déclaré mort.
Et en dessous, des coordonnées GPS.
Elle décida d’y aller.
La maison
Les coordonnées la menèrent à une maison abandonnée, à la limite de la ville. Le portail grinça. Personne. Mais la porte n’était pas fermée.
Dans une pièce du sous-sol, elle découvrit des documents, des photos. D’elle. De son fiancé. Et de l’homme de la voiture. Il était là, sur plusieurs clichés, en arrière-plan. Toujours discret. Toujours à quelques mètres.
Sur certaines photos, elle était enfant. Adolescente. Il avait toujours été là.
Mais pourquoi ?
Sur une table, une dernière note manuscrite :
« Tu n’as jamais été seule »
Une nouvelle vie
Lesya est partie. Elle vit désormais dans un village, loin. Sous un autre nom. Elle a donné naissance à un petit garçon. Il a les mêmes yeux bleus que l’homme de la voiture.
Chaque nuit, à 03h14, elle allume le téléphone. Il reste noir.
Mais elle sait qu’un jour, il sonnera à nouveau.
Et ce jour-là, elle répondra.