À une époque où chaque coin de cuisine est envahi par des robots multifonctions, des friteuses à air chaud connectées ou des mixeurs dernier cri, il est facile de passer à côté des petits objets qui, autrefois, étaient les rois de l’ingéniosité culinaire. Et pourtant, certains d’entre eux ont eu un impact disproportionné par rapport à leur taille.
C’est le cas du coupe-œuf dur, un ustensile aussi modeste que révolutionnaire, aujourd’hui relégué aux oubliettes ou, pour les plus chanceux, retrouvé dans les tiroirs de grand-mère.
Quand trancher un œuf était un art
Au début du XXe siècle, dans les foyers bourgeois comme dans les maisons plus modestes, la présentation des plats comptait autant que leur goût. Les œufs durs étaient omniprésents : dans les salades, les buffets froids, les pique-niques, les plats de fête.
Mais un problème récurrent persistait : comment couper un œuf dur proprement sans le massacrer ? Le jaune s’émiettait, le blanc se déchirait, les tranches étaient inégales.
C’est là qu’intervient l’idée simple mais brillante du coupe-œuf : une base incurvée pour y placer l’œuf, surmontée d’un arceau muni de fins fils métalliques tendus. Une pression, et l’œuf était tranché avec une précision quasi-chirurgicale.
L’essor d’un outil discret mais révolutionnaire
Inventé en Allemagne au début des années 1900, le coupe-œuf se répand rapidement en Europe, notamment en France. À une époque où l’art de recevoir faisait partie de l’éducation domestique, cet objet devient indispensable dans de nombreuses cuisines.
Il était :
Rapide : une seconde suffisait à obtenir de belles tranches égales
Fiable : plus d’œufs écrasés ou déformés
Élégant : certains modèles étaient en métal chromé, d’autres en bakélite, objet de fierté dans les maisons
On l’utilisait non seulement pour les œufs, mais aussi pour trancher des kiwis, des champignons, du fromage de chèvre ou même des fraises.

Le lent oubli d’un objet culte
Avec l’arrivée de la modernité dans les cuisines, notamment dans les années 1980, le coupe-œuf est peu à peu supplanté par des appareils plus polyvalents. Robots culinaires, lames rotatives, gadgets en tous genres prennent le dessus.
Le coupe-œuf, lui, est rangé dans le tiroir du bas… ou oublié à jamais.
Mais dans certaines familles, il reste là, témoin silencieux d’une autre époque. Il réapparaît parfois lors d’un déménagement, d’un vide-grenier, ou d’un dimanche matin en préparant des œufs pour le brunch.
La renaissance du vintage… grâce à Internet
Depuis quelques années, le coupe-œuf connaît une seconde jeunesse, notamment grâce aux réseaux sociaux.
Sur TikTok, Instagram ou YouTube, des passionnés de cuisine minimaliste ou « slow food » redécouvrent l’objet. Des vidéos de coupe d’œufs en tranches parfaites accumulent des millions de vues. Le bruit des fils qui tranchent l’œuf devient ASMR. L’outil devient presque une œuvre d’art fonctionnelle.
Des marques en profitent pour relancer la production, avec des modèles colorés, modernisés, mais fidèles au concept original.
Un symbole de simplicité et d’élégance
Pourquoi ce retour ? Peut-être parce que dans un monde saturé de technologie, de vitesse et de distractions, les gestes simples retrouvent leur valeur. Le coupe-œuf nous rappelle que la beauté peut résider dans un geste quotidien bien fait. Qu’un détail soigné peut transformer un plat ordinaire en composition visuelle harmonieuse.
Il nous parle d’une époque où l’on prenait le temps, où l’on aimait bien faire les choses, sans précipitation.
En conclusion
Si un jour vous tombez sur cet étrange petit objet dans un grenier, un marché aux puces ou une brocante, ne passez pas votre chemin. Regardez-le bien. Touchez les fils tendus, la courbe de sa base. Essayez-le.
Et vous verrez : ce n’est pas juste un coupe-œuf. C’est un fragment d’histoire, une leçon de simplicité, un hommage silencieux à l’élégance du quotidien.
Car parfois, ce sont les objets les plus modestes qui laissent les traces les plus profondes.