— Où est ta maman, petit ? Je n’aurais jamais dû être là. J’étais simplement passée pour laisser un sac de vêtements chez mon amie Leïla — une visite rapide, sans importance.

Mais devant la maison, une voiture de police stationnait, portière entrouverte, gyrophares éteints. Et la porte d’entrée, elle, grande ouverte, comme si la maison retenait son souffle.

Au début, j’ai pensé à une urgence médicale, un malaise, quelque chose de banal. Pourtant, en entrant, je me suis figée.

Un bébé se tenait au milieu de la cuisine. Immobile, muet, dans un petit pyjama à rayures bleues. Ses yeux, grands ouverts, ne clignaient presque pas. Il semblait attendre quelque chose — ou quelqu’un. Le policier, accroupi devant lui, parlait d’une voix douce, presque hésitante :
— Dis-moi, petit, où est ta maman ?

Silence. Juste le tic-tac d’une horloge dans le salon. L’air pesait, comme si le temps s’était arrêté.

Je fis un pas en avant et, sans réfléchir, soufflai :
— Ce n’est pas l’enfant de Leïla.

L’homme se tourna vers moi, surpris.
— Vous la connaissez ?

— Oui… très bien.

Leïla vivait ici depuis deux ans avec son jeune frère. Elle gardait parfois des enfants du quartier, mais je ne reconnaissais pas ce petit. Et le policier, à son expression, non plus.

Rien n’était renversé, aucun bruit, aucune trace de lutte — juste ce calme trompeur, presque inquiétant. L’enfant, lui, serra soudain le doigt du policier, comme s’il cherchait à s’ancrer dans le réel. Mon regard glissa alors vers un sac à langer posé près du plan de travail. À côté, un biberon encore tiède. Et, dessous, un morceau de papier soigneusement plié.

Le policier prit sa radio, marmonna quelques mots indistincts, puis se retourna :
— Il y a une sortie derrière ?

J’ouvris la bouche, mais un souvenir s’imposa : la veille, Leïla m’avait parlé d’une jeune femme passée chez elle en pleurs, suppliant qu’on garde un secret, qu’on l’aide juste « quelques jours ».

Et soudain, le silence prit un goût de peur.

J’attrapai la feuille. Le papier tremblait entre mes doigts. Une écriture fine, nerveuse :

« Il s’appelle Adam. Protégez-le. Je reviendrai quand ce sera terminé. — L. »

Cette signature… L. Ce n’était pas celle de Leïla. Sa main, d’ordinaire, traçait des lettres rondes et paisibles. Celle-ci respirait l’urgence, la panique.

Le policier fronça les sourcils.
— Vous êtes sûre que votre amie vit seule ?

Je voulus répondre, mais les images se bousculaient : Leïla parlant d’une fille « en détresse », d’un secret qu’elle n’aurait jamais dû accepter.

— Non, dis-je enfin. Elle n’était pas seule.

Le policier échangea un regard avec son collègue, resté à la porte. Des pas résonnèrent dans le couloir, une porte grinça… puis le silence retomba, plus lourd encore.

— Il y a une voiture à l’arrière, dit le collègue. Pas de clé, pas de papiers, rien.

Le bébé poussa un petit cri, si faible qu’il brisa l’air comme un fil tendu. Je fis un geste vers lui, mais le policier m’arrêta d’un signe.
— Ne touchez à rien, madame.

Je restai immobile. Le regard du petit me transperçait. Il n’avait pas peur. Il semblait savoir.

Et puis, un bruit.
Infime. Un claquement sec, venu du fond du couloir.

Le policier leva la main.
— Restez ici.

Mais je fis un pas, malgré moi.

La porte de la salle de bains était entrebâillée. Une tache sombre s’étendait sur le carrelage. Une goutte tomba. Puis une autre.
Pas de l’eau. Du sang.

Le policier ouvrit la porte brusquement. J’entendis son souffle coupé.

Le corps de Leïla gisait près de la baignoire. Son regard vide fixé au plafond. Dans sa main crispée, un bracelet brisé pendait à un fil.

Le bébé se remit à pleurer.

Je voulus courir, mais mes jambes refusaient d’avancer. Tout tournait. Une phrase résonnait dans ma tête :

« Je reviendrai quand ce sera terminé. »

Mais si ce n’était pas encore terminé… alors celle qui avait écrit ces mots était toujours dehors.
Et peut-être… qu’elle n’était pas seule.

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